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Les fils de Bélial

Les fils de Bélial

Titel: Les fils de Bélial Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Pierre Naudin
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femme. Cette pâleur de blonde rousse qui faisait mieux resplendir le bleu de ses yeux et le carmin de sa bouche… Avait-elle les yeux bleus ?… Un front de lis et autour des cheveux follets, brillants comme des fils d’or… Et la mousse dorée qui blasonnait son corps… Jamais plus, peut-être, il ne mettrait un pal gonflé d’ardeur à cet écu. Jamais plus, peut-être, il ne toucherait ce satanin charnel… cette croupe chaude, ces cuisses fermes. Et ces seins qu’il aimait à empaumer si souvent…
    « Hé ! que fait-il ? »
    Henri galopait. Parvenu au milieu du front de bandière 299 , il arrêta sa monture. Debout sur ses étriers comme pour donner plus d’essor à sa voix, il hurla :
    –  Bonnes gens, vous m’avez fait roi et couronné ! Aidez-moi à défendre et garder l’héritage dont vous m’avez honoré !
    Sous une barbe coupée court, un visage livide cerclé  de fer. Des prunelles brillantes de fièvre et non plus de  convoitise.
    « Tu l’as voulu, ce trône… Défends-le », songea I Tristan. « Tu t’enfélonnes (499) et t’affoles. Tu sens ta couronne de travers sur ton heaume. Tu étais pourtant fier de l’arborer ! »
    Sans doute l’usurpateur regrettait-il de l’y avoir fait fixer : cet emblème doré, hérissé de fleurs de lis, le désignerait aux estocades et taillants ennemis, et l’on n’avait pas songé à incorporer dans l’armée quelques hommes à sa semblance parfaite afin d’égarer la fureur de Pèdre et ceux qui voudraient attenter sur lui.
    –  Seigneurs, je suis votre roi ! Vous m’avez fait  roi de toute Castille et juré et voué que pour mourir… vous me faudrez !… Gardez pour Dieu votre serment et ce que vous m’avez juré et promis !… Et vous acquitterez envers moi et je m’acquitterai envers vous.  Car je ne fuirai point tant que je vous verrai  combattre !
    Ainsi, l’idée de fuir était dans son esprit comme un  charançon dans une poignée de lentilles.
    –  Souvenez-vous, mes amis, que c’est moins pour  remonter sur le trône de Castille que pour avoir le moyen et l’autorité d’assouvir sa vengeance que Pèdre a imploré le secours des Anglais. Vous m’avez volontairement appelé à la royauté et placé sur le trône de mes ancêtres ! Tout ce verbiage était un tissu de mensonges. Il ne  concernait que les Français auxquels il semblait que  l’ex-Trastamare accordait spécialement sa confiance. 
     – Je ne crois pas avoir donné à personne sujet de s’en repentir, et je vous proteste que, combattant pour me maintenir dans cette haute dignité, je n'ai d'autre objet...
     — Il parle comme un livre, messire.
     — Oui, Robert. Un livre dont nous serions la couverture.
    – … d’autre objet que de faire le bonheur de tous et préserver l’Espagne des fureurs de mon ennemi.  Ainsi, votre bonheur, votre repos, votre fortune sont entre vos mains. C’est maintenant à vos épées d’assurer votre quiétude ! C’est à elles de protéger l’Espagne !
    Des voix s’élevèrent. Même ceux qui n’avaient rien compris à ce discours réservé aux Français s’écriaient qu’ils étaient disposés à mourir pour un prince si généreux, si grand, si magnanime que le glorieux Henri, roi de Castille.
    –  Le bonheur, grommela Paindorge. Le bonheur des martyrs de Briviesca, Magalon et moult autres cités condamnées à mort !
    Tristan soupira, s’empêchant ainsi de répondre. Le bonheur d’enfants tels que Teresa et Simon. Et d’autres dont les têtes se desséchaient sur des épieux, à moins d’une demi-lieue de Tolède. Eh bien, la bataille de Nâjera serait peut-être celle du châ timent. Toutes ces âmes tourmentées influeraient sur le cours des événements. Mauvais auspices pour Henri qui se prenait pour une espèce de saint Michel alors qu’il n’était qu’un fils de Bélial.
    –  Pied à terre ! hurla Guesclin. Les chevaux en arrière… Holà ! Goujats, manants, écuyers, qu’on se hâte… Voici l’ennemi !
    Tristan abandonna Malaquin à Paindorge qui demeura sur Tachebrun :
    –  Messire, je veux…
    –  Je sais ce que tu veux : mourir à mes côtés !…
    Va… Emmène nos chevaux à Yvain et Girard… et reviens.
    On se battrait à pied. Tout au moins la première bataille.
    Les hobbiliers 300 anglais abandonnaient leur selle. La berge de la Najarilla disparut derrière l’écran des croupes et des encolures. Cependant, refusant d’obéir, fiers

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