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Les porteuses d'espoir

Les porteuses d'espoir

Titel: Les porteuses d'espoir Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Anne Tremblay
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te faire de peine, Julianna, mais…
    — Mais quoi ? J’hais donc ça quand tu tournes autour du pot.
    — Pierre a fait des projets pour son futur.
    — Il doit ben commencer à penser aux filles, notre gars. S’il pouvait se
     trouver une bonne épouse au village. Y a la petite Gauthier qui est
     plaisante...
    François-Xavier hésita avant d’aller jusqu’au bout. Sa femme risquait de leur
     faire la vie si dure que Pierre n’aurait d’autre choixque
     d’oublier toute soutane. Déjà que Laura voulait devenir religieuse... D’un autre
     côté, Julianna avait toujours été plus dévote que lui, un héritage de sa mère
     adoptive, probablement. Sauf que depuis que la pauvre Léonie s’était cloîtrée et
     qu’elle s’était laissée mourir, Julianna ne voyait plus les couvents et les
     monastères du même œil. À la limite, elle comprenait que Jean-Marie, après
     l’épouvantable drame qu’il avait vécu, se soit tourné vers les trappistes, mais
     un de ses enfants... Bon, elle ne le laisserait pas tranquille tant qu’il
     n’aurait pas craché le morceau.
    — Y a pas de femme, là où Pierre veut s’installer.
    — Comment ça ? Il veut toujours ben pas retourner dans le bois !
    — Non... Il veut aller rejoindre son cousin...
    — Son cousin ? Elzéar est mort à la guerre !
    — Non, je te parle de Jean-Marie. Pierre veut rentrer à la trappe de
     Mistassini.
    Julianna resta un moment sans voix, assimilant l’aveu de son mari. Au grand
     étonnement de celui-ci, elle éclata d’un fou rire. Elle se laissa tomber sur une
     chaise et avec le coin de son tablier s’épongea des larmes de joie.
    — C’est la farce la plus drôle que j’ai jamais entendue !
    — Julianna, il est sérieux. Il m’a demandé de t’en parler !
    — Pauvre François-Xavier, tu n’as jamais compris grand-chose à l’amour...
    Encore ce reproche, se dit François-Xavier.
    — T’as pas une petite idée pourquoi Jean-Marie est devenu moine ?
    — Ben oui, Georges a mis le feu sur son dos..., marmonna-t-il.
    — Jean-Marie, il était en amour avec Rolande, murmura Julianna. Pis ça, j’en
     suis aussi certaine que de mon Pierre qui va succomber à la première femme qui
     va lui faire de l’effet. Il l’a juste pas rencontrée encore. Tu vas voir, je ne
     lui donne pas l’été pour s’ouvrir les yeux. Si à l’automne il parle encore de la
     trappe, j’iraile reconduire moi-même. Mon doux ! ça fait
     longtemps que j’avais pas ri de même. J’avais imaginé plein d’affaires.
    François-Xavier la regarda avec tendresse. Il était agréable de la voir de si
     bonne humeur. Il recouvrit sa main de la sienne.
    — C’est vrai que tu nous connais bien. Quand on va fêter notre vingtième le
     mois prochain, ça te tenterais-tu qu’on parte tous les deux ?
    — Hein, pour notre anniversaire de mariage ?
    — On pourrait peut-être descendre se promener à Québec. Que c’est t’en dirais ?
     Pour oublier un peu notre grand malheur… Yvette va garder les enfants.
    — J’ai jamais visité Québec… murmura Julianna.
    Il caressa la main de sa femme, remontant sur son poignet et sur son
     avant-bras.
    — Pis on va se payer une chambre au château Frontenac !
    — T’es-tu sérieux, le château Frontenac ? Là où notre premier ministre
     habite ?
    — Peut-être qu’on va croiser Duplessis.
    — J’ai pas une seule belle robe à me mettre sur le dos !
    — T’as encore le temps de t’en coudre une. T’as tellement des doigts de fée,
     ajouta-t-il en les embrassant un à un.
    Julianna resta silencieuse, le trouble montant en elle.
    — Julianna, j’aimerais ben ça qu’on se retrouve un peu tout seuls tous les
     deux, comme avant, ma princesse dans un château.
    Julianna retira sa main et se leva. Déçu, François-Xavier baissa la tête tandis
     que son épouse se dirigeait vers leur chambre.
    — Y me semble que t’as assez veillé, François-Xavier. Viens donc te coucher en
     même temps que moi.
    Bondissant comme un ressort, un sourire éclairant son visage, François-Xavier
     ne se le fit pas dire deux fois.

    Il se sentait fiévreux. Pierre regarda l’horizon. Il avait le
     vertige. En avant de lui, l’eau s’étendait. La nuit était tombée, mais il en
     devinait la masse sombre et argentée au bout du quai sur lequel il se tenait. À
     sa gauche, vers le nord, c’étaient les contrées peu développées. Pourquoi pas ?
    

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