Histoire du Japon
disparaître pour faire place à un nouveau type de gouvernement, administré par une classe nouvelle, fondée non pas sur la naissance ou la réputation, mais sur la puissance militaire. Toute l’histoire politique d’après la réforme de 645 peut être interprétée comme une série de tentatives pour prolonger, par un moyen ou par un autre, un système complexe d’administration centralisée sans réel pouvoir à l’appui, système qui semblait fonctionner dans la métropole mais était très mal adapté aux conditions de la province comme à l’esprit de ses magnats. Et ce sont ces derniers, les chefs des familles guerrières provinciales, qui présideront ensuite pendant des siècles au destin du Japon.
Mais pour parvenir à cette position, il ne leur suffit pas d’attendre l’effondrement de la régence. Il leur fallut d’abord régler entre eux des questions de suprématie par une longue série de conflits intérieurs. Cependant, la formule politique remplaçant la régence – le système anormal, à la fois double et unilatéral, du go ivernement de cloître – survécut et dans une certaine mesure prospéra pendant quelques décennies tandis que la maison Fujiwara perdait tout d’abord le pouvoir puis sa grandeur elle-même. Durant un certain temps, les membres du clan continuèrent à remplir les fonctions de régent, de chancelier ou de ministre, mais ils ne servaient plus que le souverain en titre, alors que l’empereur cloîtré – le hö-ö, ou souverain sacré – entretenait sa propre cour et gouvernait par l’entremise de ses propres officiers. Hommes d’État, conseillers ou fonctionnaires, ceux-ci étaient pour la plupart des hommes nouveaux, d’une position sociale inférieure à celle des favorits Fujiwara dont ils prenaient la place.
Parmi eux se trouvaient certains érudits, et notamment les membres de la famille Œ, lettrés confucéens héréditaires qui occupaient sous les régents des postes d’importance secondaire. Oe Masafusa, connu pour sa science politique et la valeur de ses conseils, est un bon représentant de cette classe de loyaux serviteurs du Trône dont l’avancement était dû au talent plutôt qu’à la naissance. Il portait le titre modeste de gonchûnagon, vice-conseiller intermédiaire. Érudit célèbre, il fut le précepteur des empereurs Shirakawa, Horikawa et Toba. La postérité le connaît avant tout en tant qu’auteur du Kôke shidai, l’une des plus précieuses sources d’information sur le cérémonial d’État et les fonctions publiques au xie siècle. Cet ouvrage est particulièrement important en tant qu’il relate les changements qui eurent lieu du vivant de son auteur et se sert de chroniques plus anciennes pour dresser des comparaisons. Masafusa mourut en 1111, dans sa soixante et onzième année.
Dans la mesure où ils étaient dignes de confiance, les membres du clan Fujiwara continuaient à obtenir des postes importants, mais ceux du clan Minamoto (de la branche issue de l’empereur Murakami et connue de ce fait sous le nom de Murakami Genji) commençaient à leur faire sérieusement concurrence. En 1027, sur vingt-quatre parmi les plus hauts emplois, vingt-deux étaient occupés par des nobles Fujiwara, mais vers 1100, soit quelque cinquante ans après la mort de Go-Sanjô, plus de la moitié d’entre eux, dont ceux de chancelier et de ministre de la Gauche, étaient aux mains de la famille Minamoto. De façon générale, les Fujiwara étaient remplacés par une classe nouvelle, faite en partie de courtisans proches de l’empereur abdicataire (l’ in) et nullement redevables au clan des régents, mais aussi de riches propriétaires fonciers d’un moindre rang social. L’influence croissante de ces derniers est attestée par le fait que le kampaku Yorimichi donna son fils à l’un d’eux dans l’intention qu’il épouse une sœur adoptive. Le déclin financier des Fujiwara était tel que certains membres de la famille du régent devaient avoir recours à l’aide d’amis plus fortunés ; par ailleurs, on apprend qu’en 1150, le ministre de la Gauche Fujiwara Yorinaga se plaint de ne jamais avoir reçu de domaine ou fief en dépit des services qu’il a rendus à la Couronne.
Mais les Fujiwara s’accrochaient toujours à leurs charges traditionnelles, qui leur valaient du moins une haute position sociale et leur donnaient en outre la possibilité de conspirer contre les empereurs cloîtrés. Certains documents de
Weitere Kostenlose Bücher