Julie et Salaberry
Châteauguay, lâennemi, sept mille hommes postés à Four Corners, avait reçu ordre de commencer ses manÅuvres.
Le plan des Américains consistait à prendre Montréal dans une souricière. à lâest, à partir du lac Champlain, lâarmée de Hampton remontait la rivière Châteauguay pour rejoindre celle du général Wilkinson, qui viendrait de lâouest en longeant le Saint-Laurent depuis les Grands Lacs. Salaberry disposait dâenviron mille sept cents hommes pour retarder Hampton. Pour sa part, ce dernier pouvait compter sur deux mille soldats, avec mille autres en réserve. Tout le reste de son armée était resté à Four Corners.
Le soir du 25 octobre, Hampton décida dâenvoyer un millier dâhommes, placés sous les ordres du colonel Pardy, pour tenter dâatteindre la rive sud de la rivière en se taillant un chemin sur un terrain impraticable constitué de forêt dense et de marais. Ces hommes avançaient péniblement. Les pauvres diables erraient dans le noir, se dispersant sans trop savoir où ils allaient. Mais si un certain nombre dâentre eux réussissaient à traverser ce bois, ils pourraient surprendre les Voltigeurs derrière lâabattis.
à lâaube du 26 octobre, ils nây étaient toutefois pas encore parvenus. Sur la rive nord, le piquet canadien, quelques soldats placés à proximité du campement de lâennemi pour le surveiller, essuyait les premiers coups de fusil. Les hommes retraitèrent à toute vitesse en direction de la ferme Morrison pour alerter le commandant Salaberry.
â Messieurs, annonça ce dernier à ses officiers réunis, comme prévu, lâennemi sâavance vers lâabattis. Voici vos positions. Les milices: le capitaine Daly et ses cinquante hommes de la milice dâélite, Brugière et les quarante hommes de la milice sédentaire de Beauharnois, tous postés sur la rive sud pour arrêter lâennemi qui a pénétré dans le bois et tente de nous prendre par lâarrière. Derrière lâabattis, je veux voir les compagnies de Voltigeurs des deux frères Juchereau-Duchesnay et une partie de la milice sédentaire de Beauharnois avec le capitaine Longtin. Devant lâabattis, capitaine Ferguson avec vos Fencibles: vous ferez la démonstration aux Yankees quâils sont attendus de pied ferme. Capitaine Lamothe, une vingtaine de vos Indiens viendront avec moi. Vous garderez les autres en réserve. Quant à vous, Red George, fit-il en donnant son surnom au lieutenant-colonel Macdonell, vous serez à lâarrière avec les mille quatre cents hommes restants. Vous attendrez de voir comment se déroule lâaffrontement et nâinterviendrez que si nécessaire.
Le lieutenant-colonel Macdonell était à la tête du premier bataillon dâinfanterie légère. Il avait sous ses ordres le capitaine de Tonnancour. Ce dernier se retrouverait bientôt avec ses hommes à protéger le gué convoité par lâennemi.
â Voilà la situation, messieurs. Nous serons environ trois cents sur la ligne de front. Câest peu. On estime que lâarmée ennemie est supérieure en force, mais nous avons nos loyaux Sauvages, et la bravoure de nos soldats pour nous. Messieurs, à vos postes! Allez, mes amis. Nous sommes à un contre cinq, mais, si Dieu le veut, nous les arrêterons.
Ce fut alors le branle-bas de combat. Salaberry endossa la cape qui lui servait de manteau, coiffa son bicorne et enfourcha sa monture pour prendre la tête de ses troupes en direction de lâabattis.
Vers dix heures, un cavalier de lâarmée de Hampton sâavança et cria, en prononçant avec un terrible accent américain de vaines paroles destinées à amadouer ceux quâon croyait prêts à passer chez lâennemi: «Braves Canadiens, rendez-vous, nous ne vous voulons aucun mal!»
Aussitôt, Salaberry saisit le fusil le plus proche, tint le messager en joue et tira. Blessé, lâhomme tomba sous les acclamations des soldats. Pendant ce temps, des canots, venus de lâarrière avec du ravitaillement pour les hommes derrière lâabattis, sâen retournèrent avec lâordre dâalerter le général de Watteville dont les quartiers étaient situés à un mille en amont. Ce dernier devait à son
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