Les Amazones de la République
Jacquemin se retrouva un matin sur le Tarmac du principal aéroport de ce pays, où le président français sâapprêtait à atterrir.
Se tenant non loin du président Saparmyrat Nyyazow, peu avant lâatterrissage de lâavion présidentiel, elle se vit apostropher, sur un ton qui se voulait patelin et protecteur, par le propriétaire de la chaîne qui lâemployait, Martin Bouygues : « Ne vous inquiétez surtout pas, Marine, je vais vous présenter à Mitterrand. » Lâintéressée pouffa de rire, intérieurement. Car quelle ne fut pas la surprise du P-DG quand, au bas de la passerelle, le président français passa devant lui sans le voir, comme sâil était indigne dâêtre salué â à lâinstar de quelques autres patrons transformés en soldats de plomb â pour se précipiter au-devant de la journaliste : « Marine, que je suis heureux de vous voir ici ! », sâexclama-t-il.
La surprise du capitaine dâindustrie redoublera quand il retrouvera, le soir même, Marine Jacquemin au côté de François Mitterrand, au beau milieu dâun aréopage dâinitiés conviés à sabler le champagne dans les salons privés du président turkmèneâ¦
Sitôt Marine rentrée à Paris le lendemain et à peine assise à son bureau, à TF1, le téléphone de la rédaction sonna. « La star est là  ? cria une voix dans la salle de rédaction, tu as un vieux fan au téléphone », ajouta lâhomme qui lui tendait le combiné, sans savoir quâau bout de fil se tenait François Mitterrand. Conviée à déjeuner à lâÃlysée, celle-ci fut accueillie par un huissier, qui lâinstalla dans un petit salon contigu au bureau du président de la République. Il y avait, posée sur un guéridon, une assiette dans laquelle était entreposé un monticule de caviar, dâune épaisseur telle quâon aurait pu en boiser la surface : « La gauche caviar nâest donc pas un mythe », sourit la journaliste.
Une demi-heure passa et François Mitterrand apparut, les chaussures crottées de boue : il revenait de sa traditionnelle partie de golf, en compagnie de son directeur de cabinet, André Rousselet. Le déjeuner en tête à tête qui sâensuivit sâéternisa : trois heures durant lesquelles le président passa à la question celle qui lui administrera fréquemment des leçons de géopolitique, déployant ses récits comme un immense éventail, quâelle repliait parfois à la nuit tombée, en quittant le Châteauâ¦
Mitterrand voulait tout savoir de ce quâil se passait dans des contrées lointaines â Kazakhstan, Ouzbékistan, Ukraine, Tchétchénie⦠« Raconte-moi », lui demandait-il ; il lâavait tutoyée quelques jours à peine après leur toute première rencontre. Vite, la dévorer ! Avant que sâenvolent et se fanent les paroles de celles dont François Mitterrand sâétait, à lâévidence, bien plus quâentiché.
Car de ce jour naquit une amitié profonde qui enjamba les années. Au point que Danielle Mitterrand elle-même, qui avait le sentiment que Marine Jacquemin ne constituait pas un réel danger, accepta la présence de celle-ci, qui sâinstalla, de manière discrète, dans leur premier cercle. Les deux femmes conserveront ainsi et très longtemps des relations ténues. Au point que câest ce reporter de TF1 qui recueillera la toute première interview télévisée de lâancienne première dame.
Le flot précipité des mots coule de la bouche de la reporter qui charrie des souvenirs. Il ne se passait pas une semaine sans que François Mitterrand prenne des nouvelles de sa journaliste préférée. Au point que certains parmi ses confrères, qui devinaient cette relation, tentèrent dâen profiter. Ce fut le cas notamment de Guillaume Durand. Ce dernier, qui animait sur TF1 une émission â baptisée « LMI » â qui ne fit pas long feu, voulut y inviter un jour François Mitterrand. Nây parvenant pas, il téléphona directement à lâintéressé, en lui disant : « Vous savez combien Marine Jacquemin a du respect
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